SCULPTURE ROMANE EN AUVERGNE

L’EXCEPTIONNELLE ÉGLISE DE MAILHAT,

située sur la commune de Lamontgie dans le département du Puy de Dôme.

Cette église romane a déjà suscité de multiples observations, commentaires et interprétations. En toute humilité, j’ai choisi de décrire systématiquement la majorité des chapiteaux et des modillons, et d’essayer d’en décrypter la signification. Cette méthode entraînera quelques répétitions sur le fond et la forme…

Il est bon d’avoir à l’esprit qu’à cette époque difficile, l’ignorance et l’illettrisme régnaient. Par contre la majorité de la population connaissait bien les animaux et les plantes qu’elle côtoyait. Ce savoir leur permettait de comprendre plus facilement le sens des sculptures ornant les édifices religieux. Les superstitions très présentes permettaient de mettre un nom sur des événements inexpliqués, souvent attribués au diable, quand ils étaient néfastes.

L’ensemble des sculptures est lu et commenté de la gauche vers la droite. Les sculptures concernent toutes l’homme. Sur la plupart des chapiteaux et des modillons, une dalle ou des pavés sont présents a leur sommet. Ils représentent le fardeau que doit porter l’homme au cours de sa vie terrestre.

Sauf erreur de ma part, les solstices et les équinoxes figurent dans cette église. Ces changements de saison étaient précédés d’une semaine dite <<des Quatre Temps>>, pendant laquelle les mercredis, jeudis et vendredis devaient être marqués par le jeûne, l’abstinence et la prière. Ces fêtes d’obligation étaient destinées à remercier Dieu pour les dons de la nature, qui subvenaient aux divers besoins des hommes.


LE SURPRENANT CHEVET DE L’ÉGLISE N. D. DE MAILHAT.

Les cinq faces extérieures du chevet sont commentées de bas en haut et de gauche à droite. Elles pourraient correspondre aux cinq étapes terrestres de la conscience spirituelle. Les pans sont tous organisés de la même manière : deux chapiteaux reposent sur les colonnes, reliés entre eux par un arc. Sous l’avancée du toit des modillons soutiennent la corniche.

Pan 1

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Ce chapiteau situé dans l’église de Mozac (Puy de Dôme), résume le message délivré par les sculptures de ce chevet.

Comme le potier qui toute sa vie améliore sa technique, pour réaliser la plus merveilleuse poterie de sa carrière, le chrétien doit progresser toute sa vie. L’homme que Dieu avait créé beau à son image, s’est enlaidi suite au péché d’Adam et Ève. Il doit gagner son paradis, pour retrouver son état originel. Le personnage de gauche tient une boule de glaise, celui de droite un magnifique vase joliment décoré.

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Ci- dessus un chapiteau dont l’astragale est surmontée d’une rangée de feuilles de chélidoine stylisée. Les hirondelles se serviraient de son jus pour ouvrir les yeux de leurs petits qui naissent aveugles, ce qui semble nous conseiller d’ouvrir les yeux. Au-dessus, des feuilles avec trois lobes dirigés vers le ciel. Trois représentent la Trinité, Dieu. Au centre, la feuille s’élève et s’épanouit. A chaque angle une boule. C’est la glaise que nous devons façonner tout au long de notre vie pour atteindre un haut niveau spirituel et gagner le paradis. Tout en haut un pavé, le fardeau de notre vie terrestre que nous devons porter depuis la désobéissance d’Adam et Eve.

En résumé l’homme de la chute doit ouvrir les yeux, travailler son corps, son âme et son esprit pour s’élever vers Dieu, tout en portant son fardeau.

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L’ arc en forme de voûte repose sur deux dalles. Il soutient le poids du mur et le reporte en partie sur les côtés, il symbolise la vie terrestre.

De gauche à droite. A la naissance nous devons être soutenus, c’est le rôle de la dalle, sous le pied de l’arc. Puis nous devenons plus forts, à notre tour d’être un soutien ; la vieillesse arrivant nous devons à nouveau avoir de l’aide. Il en est de même pour la vie du chrétien.

Une fenêtre est excentrée du côté gauche, maléfique au moyen-âge. C’est surtout le côté de l’ignorance et du début de l’enseignement religieux nécessaire pour pouvoir rejoindre la communauté chrétienne.

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Le chapiteau de droite présente un triple animal composite avec des têtes de cheval sauvage et des pattes à quatre doigts agrippés à l’astragale (le sol, la matière). Celui du centre incarne l’homme de la chute ; des choix s’offrent à lui : à gauche rejoindre la communauté chrétienne, sa tête n’est plus visible mais son pelage est fait de feuilles, signe d’espoir et de renouveau, à droite, sa tête butte contre le mur, dirigée vers la terre domaine de la lourdeur matérielle. Dieu lui a laissé le choix.

LES MODILLONS :

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Les modillons dont la face centrale représente la voie menant à l’élévation spirituelle.

Ce chemin se parcourt du bas vers le haut.

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1 La voie comporte des dents qui servent à fragmenter les connaissances, de manière à les assimiler progressivement durant le passage sur terre . Sur son côté, une spirale et trois feuilles signes d’espoir concernant peut être le physique, le mental et le spirituel, et la spirale, l’énergie à canaliser.

‘‘Les dents signifient la perfection avec laquelle elles divisent la nourriture qu’elles reçoivent ; car chaque essence intellectuelle, ayant reçu en don d’une essence plus divine l’intellection unitive, la divise et la multiplie providentiellement pour élever spirituellement autant qu’elle le peut l’essence inférieure dont elle a la charge (PSEO, 239)’’.

2 Ici quatre parchemins (les spirales) semblent représenter les quatre évangiles qu’il faut étudier pour combler l’ignorance de cet homme déchu.

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3 Une tête humaine. De sa bouche sortent de nombreuses langues, une multitude de paroles prononcées. Pour les moines la parole bonne ou mauvaise conduit au péché. Il convient donc d’en user avec parcimonie. C’est par la parole que le diable a provoqué la désobéissance d’Adam et d’Eve, le péché originel et leur chute.Comme on peut le voir sur l’image nous sommes les premiers à entendre nos paroles. Elles montent directement à nos oreilles pour pervertir notre esprit.

4 En façade, une voie étroite, surélevée. Il faut progresser prudemment pour ne pas chuter.

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5 La boule représente l’envie de tout, l’avidité, richesse, honneurs... Sa gourmandise alourdit tellement sa tête qu’il doit la soutenir de ses deux mains. Cela mène à la démesure et à l’aveuglement.

L’ensemble de ce pan semble correspondre à la première étape de prise de conscience spirituelle.

PAN 2

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Le chapiteau sur la colonne de gauche est sculpté de feuilles dont les tiges de la rangée du bas s’entrelacent. Les feuilles se sont inversées, le choix est fait, l’homme veut adopter la foi chrétienne. La beauté de ces feuillages souligne que c’était la bonne décision. Au deuxième rang il se peut que les cinq lobes des feuilles correspondent à l’alliance souhaitée de l’homme et de Dieu. L’homme quitte la nuit pour se diriger vers la lumière, pour la même raison ce chapiteau peut évoquer le solstice d’hiver, l’inversion des saisons et le réveil de la vie végétale.

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Le pourtour de l’arc est décoré de petites feuilles qui expriment l’espoir de renouveau, qui va jalonner sa vie suite à ses choix . Dessous, une alternance de boules et de fleurs. Les boules représentent les différents travaux qu’il devra entreprendre sur lui-même au cours de sa vie terrestre. Les fleurs sont la promesse de fruits futurs, une nourriture céleste qui lui permettra de continuer à s’élever spirituellement, le but final étant d’aller au paradis.

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L’homme doit vaincre les forces du mal qui sont en lui, le dragon. Son aile droite s’arrète juste avant le mur, et se dirige vers le sol. Il faut combattre sa lourdeur terrestre afin de s’alléger pour entrer dans l’église. Les stries de son aile gauche montrent qu’il vit dans le péché. Sa queue ne monte pas droit vers le ciel, il doit encore s’améliorer mais il va dans la bonne direction. A cette époque de superstitions, ce dragon devait fortement marquer les esprits.

MODILLONS, sous la corniche :

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6 Une tête, image de l’esprit, se gonfle d’orgueil. Elle est soutenue par de nombreuses langues dans l’espoir de valoriser son esprit, un beau parleur qui ne cesse de se vanter. Il se hausse le col.

7 Un singe dont le gros sexe est en érection. C’est la luxure qui transforme l’homme en animal.

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8 Des rouleaux en travers du chemin rendent l’avancée difficile. La vie comporte beaucoup d’obstacles dangereux pour la progression spirituelle.

9 La voie est bien encadrée par la corde église, la communauté chrétienne. Cette protection permet de s’améliorer en évitant les rechutes.

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10 Cette tête représentant l’esprit est inféodée à la vie matérielle, d’où sa lourdeur qui oblige son propriétaire à la soutenir de ses deux mains. Son visage triste peut être le signe de l’acédie, une sorte de paresse spirituelle.

11 Sur le chemin de l’élévation de la conscience, sept jetons qui se gagnent après chaque étape franchie avec succès.

Les cinq premières concernent le matérialisme, après le coude, les deux plus hautes symbolisent l’homme entièrement détaché des biens terrestres uniquement préoccupé de spiritualité chrétienne.

PAN 3

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Sur les deux colonnes, une corde église s’enroule en sens inverse, de la base au sommet, avec dans les intervalles des spires de nombreuses fleurs. La corde, c’est l’église qui nous accompagne tout au long de notre ascension spirituelle ; les fleurs, des promesses de fruits, des grâces qui vont soutenir notre foi.

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Les grosses feuilles présentes sur ce chapiteau sont lisses (sans état spirituel), sauf celle située à droite près du mur où nous voyons un peu de sculpture. C’est le début de l’évolution spirituelle de l’homme, la maîtrise de ses mauvais instincts.

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De gros rinceaux sur l’arc : les obstacles qui jalonnent le cours de la vie terrestre, comme semble l’indiquer dessous un gros bourrelet ressemblant à l’astragale des chapiteaux qui symbolise la terre.

Entre les deux colonnes au centre une fenêtre ; est-ce l’équilibre entre le bien et le mal ? Le résultat des progrès réalisés ?

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Sous l’autre base de l’arc, l’évocation du pécheur qu’illustre un tigre avec sa robe rayée. Trois de ses pattes reposent à terre, mais il est en pleine évolution. Son cou va dans la direction qu’il prenait mais n’est plus en ligne avec sa tête qui supporte une dalle, le lourd fardeau de la vie. Sa patte avant gauche s’élève vers l’intérieur de l’église, la direction qu’il souhaite prendre. Sa queue passée entre ses jambes indique le ciel, qu’il veut rejoindre. C’est aussi le signe du contrôle d’une partie peu visible de notre corps, des mauvais penchants profondément enfouis en nous, également un symbole phallique et celui du serpent, le diable. Le tigre est un prédateur très dangereux qu’il faut pacifier.

MODILLONS :

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12 Le molosse, une image de la méchanceté, de l’agressivité et du rejet des autres. Il est difficile dans ces conditions d’intégrer la communauté chrétienne. En langage oiseau il faut lire : dents j’ai, danger.

13 La chèvre est fausse,perfide et inconstante, des défauts à corriger si l’on veut progresser.

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14 Dans cette position, le singe semble faire du trapèze. C’est l’envers des valeurs spirituelles. La ruse et la malice sont des comportements qui nous amènent à lui ressembler.

15 Les nombreuses langues marquées d’un x préviennent celui qui les regarde qu’il ne faut pas parler d’abondance. Les bénédictins estiment que la parole bonne ou mauvaise conduit au péché. En exemple, Eve a écouté les paroles du diable.

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16 A l’intersection des deux murs, une tête de veau ou de bœuf. Au moyen âge le veau est perçu comme la tentation de diviniser la richesse, de l’idolâtrer. Le bœuf est un animal placide, alors qu’il faut s’engager, être un soldat du Christ.

PAN 4 Le résumé des pans précédents.

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Le début de l’aventure spirituelle. L’homme de la chute est représenté par de grandes feuilles nues, il n’a pas l’habit de foi. Il va devoir travailler les trois boules de glaise, c’est son corps animal, son esprit matériel et son âme. Le cercle, image de l’infini, est assimilé à Dieu, qu’il espère rejoindre.

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L’arc est agrémenté de neuf fleurs variées, le principe de la perfection sur les plans, physique, mental et spirituel harmonisés. Dessous, un cortège de dents dont il s’est servi toute sa vie. Il a mastiqué l’enseignement transmis par l’église en ruminant tous ses aspects afin de les assimiler.

Le résultat de ce travail se voit sur le chapiteau suivant.

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Les feuilles sont joliment ouvragées, le fruit d’un long labeur. Le premier rang c’est le corps, le deuxième l’esprit. En haut, au centre de chaque face, une feuille comportant trois lobes pointés en direction du ciel, c’est l’âme qui tend à rejoindre Dieu.

MODILLONS :

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17 Un singe, la gueule grande ouverte, en colère, hurle. Il ne se contrôle plus, c’est l’homme déchu rabaissé au rang d’animal.

18 Trois feuilles, ou une feuille avec trois lobes s’élèvent haut sur le chemin spirituel. Leurs sommets redescendent légèrement, il faut rester vigilant la partie n’est pas gagnée. En haut une fleur comporte quatre lobes, la promesse d’un fruit, une récompense.

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19 Deux sillons parallèles. Est-ce la dualité masculin-féminin harmonisée, pour marcher d’un même pas. En évitant les divergences, on économise son énergie.

20 Une voie lisse bien dégagée, mais très surélevée, forme un coude encadré de deux petites spirales. Peut-être des voies de garage, des impasses à éviter? Sur les côtés trois spirales tournant dans le même sens.

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21 A l’angle des murs. Un chemin sans obstacle, les dangers sont-ils dépassés? Sur le côté deux spirales et une demie tournant dans le même sens.

PAN 5

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Un chapiteau décoré de grappes de raisin évoque l’eucharistie. Six gouttes de jus de raisin coulent en direction du sol, la septième monte en direction du ciel. Le sang du Christ. Ce chapiteau marque le passage du chrétien suffisamment préparé pour assister au sacrement d’eucharistie. A cette époque certains n’avaient pas le droit d’être présents, les clercs les invitaient à sortir de l’église.

Sauf en cas d’urgence, le baptême était administré vers la trentaine, car c’était la seule possibilité de faire effacer ses péchés, la confession et l’absolution n’existant pas. Cette raison poussait les gens à attendre le plus longtemps possible.

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L’arc est marqué de cinq boules, peut-être les cinq niveaux d’évolution spirituelle franchis ; ensuite une fleur illustrant ces progrès. Puis un bouton annonce un nouveau cycle, que confirment les onze boules du renouveau, une nouvelle vie uniquement spirituelle.

A droite une fenêtre, le bon côté, celui des élus lors du jugement dernier.

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Sur le dernier chapiteau, un aigle qui entre dans le cœur de l’église, l’endroit le plus sacré, la demeure de Dieu sur terre. Le deuxième aigle déploie ses ailes pour s’élever dans le ciel. Il représente la plus haute spiritualité, c’est l’oiseau qui monte le plus haut dans le ciel, le plus près de Dieu, l’image du chrétien entièrement détaché du monde matériel.

MODILLONS :

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22 Les hauts et les bas de la vie matérielle bien encadrés par des bordures, donc bien maîtrisés.

23 Deux sillons parallèles. Peut-être le corps et l’esprit qui œuvrent dans la même direction.

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24 Les dents qui lui ont permis d’assimiler l’enseignement transmis par les religieux.

25 et 26 Des lignes parallèles, les premières moins profondes que les deuxièmes.

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27 Voilà le bout du chemin, il est barré. Les épreuves terrestres sont couronnées de succès.

Il n’y a pas de chemin matériel pour franchir les deux dernières étapes de l’évolution, qui sont uniquement spirituelles. Sur la partie haute de la voie figure un losange, la vulve qui évoque la naissance à un état plus élevé.

LE THÈME DU PORTAIL SUD

Un ensemble de sculptures pour nous informer de ce qui permet d’entrer dans l’église et de ce qui doit rester à l’extérieur.

Chapiteaux côté gauche.

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A gauche

1 Un chapiteau de feuillages très abîmé.

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2 Un pèlerin dans son manteau exprime le retrait en soi et en Dieu. Sa tête baissée en signe d’humilité, ses yeux qui regardent droit devant signalent sa disponibilité. La position de ses pieds montre qu’il va droit au but qu’il s’est fixé, et sa main sur son cœur confirme sa décision d’aller vers Dieu. Des feuilles, signe d’espoir et de renaissance, l’entourent. Elles se dressent en direction du ciel où il souhaite aller. Il s’apprête à entrer dans l’église, fait la paix en lui et se concentre sur ce qu’il va accomplir, un exemple à suivre.

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4 Un groupe de fidèles protégés par la corde église, dont les nombreux brins forment la communauté chrétienne. A leur tête un ecclésiastique, leur guide spirituel.

Portail sud côté gauche.

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5 Une fleur avec quatre pétales, quatre le nombre de la terre.

6 Une belle fleur à cinq pétales.

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7 Cette femme nue n’est pas protégée contre le mal par l’habit de la foi en Dieu. Elle nourrit ses vices, deux serpents dont les corps forment un X, un barrage qui l’empêche d’entrer dans l’église. 

Les serpents bloquent ses cuisses, sa démarche lui ôtant toute possibilité de progrès spirituels. Le bas de son corps est disproportionné, déformé par son état de pécheresse. C’est le plus grand personnage de l’encadrement du portail, le plus important, l’exemple à ne pas suivre.

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8 Un poisson, peut-être un saumon, le signe de l’appartenance à l’église du Christ. Il peut aussi marquer le jour de l’équinoxe de printemps.

9 Un moine se protège bien dans sa robe de bure, le symbole d’une foi solide. Ce soldat du Christ est aussi vêtu d’une cotte de maille, visible sur son bras droit. Sur sa poitrine sa bourse en cuir, à l’origine une peau d’animal, symbolisant la peau qui enserre son corps, la demeure de son âme. Il la protège de sa main, c’est son trésor le plus précieux.

C’est l’âme d’un vivant, la manière de l’évoquer est très subtile, sachant qu’il n’est pas possible de la montrer. Si elle sort du corps c’est la mort.

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Le chapiteau de l’avare à Ennezat : sur le pot il est écrit <<Trésor. En dessous Riche>>, rien sur la bourse. Sur la banderole il est noté <<En pratiquant l’usure, c’est pour moi que tu travailles>>. Ici les démons s’emparent du corps qui contient l’âme.

A Ennezat et à Maringues, le pot de terre contenant le trésor est posé à terre : c’est un bien matériel. Il n’intéresse pas les démons, pourtant il est bien plus volumineux que la bourse, il doit contenir plus d’or...

C’est compréhensible : lors de la tentation du Christdans le désert, le diable lui offre tous les royaumes du monde, et n’a pas besoin de quelques pièces de monnaie.

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En revanche à Maringues rien n’est écrit mais la scène est presque identique, sauf que les démons tirent sur les cordons de la bourse, pour prendre son contenu. C’est toujours une image de ce qu’ils veulent prendre dans le corps de l’homme.

Portail sud côté droit.

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10 Une belle fleur. Suivie d’un grand vide qu’il faut remplir.

11 Une fleur très abîmée avec quatre pétales.

13-14 Encore deux fleurs bien épanouies, promesse de fruits futurs, des bienfaits en récompense des efforts fournis.

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12 Un personnage endommagé, l’expression de son visage n’est pas visible. Ses moustaches nous informent qu’il s’agit d’un homme de la chute, et ses habits qu’il a la foi. Les bords de sa tunique coupés en arrondis sont ceux d’un saltimbanque, d’un amuseur public, une profession réprouvée par l’autorité religieuse. Ses mains en opposition avec ses dix doigts en évidence montrent qu’il refuse totalement son ancienne vie et d’allaiter ses vices. Il est agenouillé en signe de pénitence, d’humilité et de prière. Il va pouvoir entrer dans l’église, sa tête en indique la direction.

15 Un tête de moine, son esprit lui permet sans aucun doute de pénétrer dans le sanctuaire.

Sur les côtés du portail, les pécheurs sont placés plus bas que les personnes vertueuses, à gauche c’est la plus atteinte.

Chapiteaux côté droit

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16 Assis il se purifie, se vide de ses impuretés. Habillé et rasé, il croit en Dieu. Il bloque ses genoux avec ses mains. Ses pieds, bizarrement tournés, lui ôtent toute possibilité de rejoindre le monde profane. Veut-il devenir un moine ? Au-dessus une tête de loup essaie de le tenter à l’aide d’un chapelet de paroles fleuries, c’est le diable qui voudrait l’empêcher d’évoluer. A cette époque les loups très présents inspiraient la crainte, le danger.

A sa droite, une personne porte un linge plié sur le bras, un signe de respect à l’approche du sacré. De l’autre côté, une hostie consacrée, le corps du Christ dont il veut se nourrir.

Bien sûr il sera très bien accueilli dans ce lieu de culte.

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17 Un oiseau domine les feuilles. Le spirituel a pris le dessus sur la lourdeur terrestre.

18 Au-dessus du feuillage, un homme tronc, spirituellement élevé, est détaché des contingences matérielles, ce qui explique l’absence du bas de son corps.

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3 A Gauche Ici les feuilles de la rangée du bas ne touchent pas le sol, elles semblent comme en partie effacées. Le travail effectué sur cet aspect matériel de l’homme donne d’excellents résultats. Les bienfaits qui en découlent sont drainés par de petites rigoles réunies pour alimenter la belle et grande feuille centrale du deuxième niveau, l’esprit. Celui-ci, bien nourri spirituellement, resplendit et domine la partie animale.

19 Ce chapiteau ressemble au précédent. La différence concerne la rigole partant des feuilles bases qui est double. Elle alimente de belles feuilles du deuxième niveau, mais aussi une longue feuille centrale qui domine les autres et se termine par trois lobes, l’âme profite des bienfaits acquis pour aller à la rencontre de Dieu.


QUELQUES CHAPITEAUX INTÉRIEURS

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1 Deux personnes, comme installées sur un balcon semblent contempler le chemin parcouru. Elle sont placées au-dessus des deux premiers rangs, des obstacles physiques et mentaux qu’ils ont franchis avec succès. A ce niveau spirituel, ils n’ont plus besoin de se servir de leurs jambes. Pour cette raison elles sont invisibles. Le jeune homme a retrouvé sa beauté originelle et la femme semble être une religieuse qui a consacré sa vie à Dieu. Ce chapiteau semble faire la synthèse des autres sculptures de cette église.

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2 De nombreuses incisions marquent l’astragale, les péchés faits par l’homme sur terre. Sur la droite, la boule de glaise, une matière brute, comme au-dessus l’esprit représenté par la tête d’homme.

Pour l’élever il faut combler les creux, notre ignorance, nos faiblesses et aplanir les bosses, nos mauvais penchants, vices et péchés… La voie devenue praticable, cet esprit devenu léger pourra rejoindre le tailloir, le ciel, comme la tête de gauche.


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4 Le déluge. La colombe annonce à Noé le retour de la végétation.

Exceptionnellement les chapiteaux 2 et 4, se lisent de droite à gauche. Le 4, illustrant une scène de l’ancien testament, devrait être placé à gauche. Ces chapiteaux beaucoup plus récents ne respectent pas la tradition romane.

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5 Les bénédictins condamnaient l’abondance de paroles. Pour eux, bonnes ou mauvaises, c’était une source de péchés. Sur la tête de gauche, l’esprit se montre beau, c’est une tromperie. Ses paroles sortent de sa bouche entre ses lèvres presque fermées, des murmures. A gauche, elles se divisent, une tige entoure une feuille, elles s’envolent. L’autre tige descend pour former une demi-feuille. Sur la droite, un autre ruban de paroles se divise. La partie haute forme une demi-feuille pointée vers le bas, ce n’est pas le sens de l’élévation spirituelle. La partie basse descend former une demi-feuille accolée à celle venant de gauche formant une feuille complète, qui vient soulever l’esprit. C’est la vantardise, l’orgueil.

La tête de droite, image de l’esprit, présente un aspect méchant, torturé. Les paroles qui sortent entre les dents (dents j’ai) forment le même circuit que celles de la tête de gauche.

Au centre, les paroles se croisent, tournent en rond dans le vide, sans se rejoindre. Il n’y a pas de communication. Tout en bas une feuille dirigée vers le haut ; l’élévation, n’est pas reliée aux paroles. L'expression des visages représente les bonnes et les mauvaises paroles.

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Ce chapiteau peut aussi représenter l’équinoxe d’automne. Au centre, la feuille basse est dirigée vers le ciel, la direction de lumière. Moins lumineuse, diminuée par le flot des paroles, elle reflète bien la fin de l’été. En haut, la feuille centrale est tournée vers le bas, la lourdeur terrestre. Les paroles sont source de noirceur, de péchés. Cette noirceur signe l’arrivée de l’hiver.

7-10 LES SIRÈNES.Elles sont des guides spirituels.

Leurs points communs :

Leurs deux queues symétriques, expriment l’équilibre des dualités : masculin – féminin, charnel – spirituel, conscience – intuition…Les mains qui tiennent leurs queues avec dix doigts bien visibles, c’est l’entière maîtrise de la partie animale.Les queues sont dirigées vers le ciel, la direction à suivre pour sauver son âme.Leurs têtes aidées de leurs nageoires caudales, soutiennent la dalle représentant le fardeau de la vie terrestre.

Il est salutaire de suivre ces exemples.

Bouches fermées = sagesse. Leurs regards dirigés droit devant elles = disponibilité.Elles ne touchent pas l’astragale, la terre où se déroule la vie matérielle.

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7 SIRÈNE SOLEIL (SOLAIRE FÉMININ) .

Après le trépas, les sirènes cosmiques guident les âmes égarées et les consolent. Par la suite ce sont les anges qui rempliront cette fonction.

Irradiant la lumière du soleil de plein été, cette sirène peut annoncer le solstice d’été.

10 SIRÈNE JEUNE

Sa chevelure ruisselante symbolise le baptême. Lavés de tous nos péchés, nous redeviendrons jeunes et beaux comme à l’origine.Elle peut aussi nous guider pour retrouver la mémoire de ce qui est enfoui au plus profond de nous.

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9 Un garde fou, la corde église soutient les feuilles du premier rang (les fidèles au sein de la communauté). La feuille centrale avachie et les traits sur le bas de sa tige gauche montrent une faiblesse envers la lourdeur terrestre et le péché.

La récompense de ce bel élan desolidarité, des gros fruits ronds aux multiples graines, les bienfaits qu’ils recevront, pour leur permettre de persévérer dans cette bonne voie.

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11 Pourquoi l’anus de la chouette est-il grand ouvert ? C’est inhabituel chez les oiseaux.

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13 Les fidèles bien groupés, comme enchaînés, forment un bouclier permettant de résister à la tentation. Détachés de la lourdeur matérielle, ils se sont légèrement élevés au-dessus du sol. La grandeur des feuilles du deuxième niveau représente l’importante élévation de leur esprit qui en résulte. De nombreux fruits apporteront une multitude de graines, des bienfaits qui les aideront à poursuivre leur progression.

Ces chapiteaux étaient un moyen pour faire comprendre à des gens souvent illettrés le message chrétien : comment sortir de sa condition matérielle, et aller vers un idéal spirituel.

J’étudierai vos critiques constructives avec soin et je vous serai reconnaissent de me signaler des erreurs.

Je remercie toutes les personnes m’ayant aidé pour réaliser ce projet.

Yves Caye


Ajout du 29 janvier 2019

Dans la soirée va débuter une conférence présentée par un professeur agrégé, docteur en histoire de l’art. Le thème ‘‘ Mailhat, pour faire suite au site sur cette église, ce professeur parlera d’interprétations fantaisistes et personnelles et que chacun peut voir ce qu’il veut dans une sculpture.’’. D’après la présentation, il me semble que le but n’est ni de me féliciter, ni de m’encourager. Bien sûr je n’ai été ni invité ni consulté, peut-être de crainte que j’aie de bons arguments pour rejeter ses critiques.

Malheureusement, aucun document d’époque ne précise le sens oublié des sculptures de l’église de Mailhat. En conséquence, l’observation, la logique et le bon sens de cette époque peuvent nous aider à l’approcher.

Qui peut me dire pourquoi ces sculptures ont été réalisées, s’il fallait, même avec des explications, être très instruit pour en comprendre le sens, alors que la majorité des personnes à qui elles s’adressaient, étaient illettrées.

Écrits de madame Guillaumont.

Dans son livre : Mythologie chrétienne de l’eau. Mauriac : Une cuve baptismale exceptionnelle. Page 72, médaillon 2. Dernier paragraphe : ‘‘ Le personnage ne portant pas d’auréole… Il tient dans sa main un marteau et de l’autre ce que l’on pourrait identifier comme étant un grand ciseau à pierre ou une planche…’’

Page 74 , médaillon 3. Premier paragraphe : ‘‘ Les quatre rectangles qui l’accompagnent, ressemblent à celui du médaillon précédent et seraient donc des planches. Cela pourrait alors correspondre au thème <<des bois équarris>> en relation avec l’arche de Noé...’’ L’objet de nature incertaine est devenu indiscutablement une planche ! Le problème, c’est qu’une bonne image de ce médaillon sur internet permet de voir que la main gauche du personnage ne tient pas une planche, mais un objet dont l’extrémité est cylindrique, vu la manière de le tenir.

Dans son livre : Une iconographie de la terre et de la vie terrestre. Chapitre, Notre Dame de Mailhat. Page 236 :

‘‘ Le Mal à l’Ouest, le Bien à l’Est. Une gorge termine le mur de chaque côté de l’ouverture et des sculptures y ont trouvé place. A gauche (à l’Ouest), de bas en haut : des fleurs ou des étoiles, la terre allaitant deux serpents, un poisson et, un personnage tenant un sac contre lui, donc certainement un avare.’’ Une femme allaitant des serpents est généralement vue comme nourrissant ses vices, non pas comme représentant la terre. Un poisson ne représente pas le mal dans la tradition chrétienne, c’est même le premier symbole des chrétiens. Un personnage tenant un sac contre lui, serait un avare, rien ne le précise, les détails n’indiquent pas ce sens. Sa robe de moine et sa côte de maille évoque plutôt un soldat du Christ.

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Au regard de la logique employée dans ses écrits, cette personne est-elle la mieux placée pour critiquer les miens ?

Les nombreuses personnes qui ont lu ce que j’ai écrit sur ce site, me semblent tout à fait capables de le juger par elles-mêmes. Si j’ai présenté mes idées, c’est pour en assurer la paternité et éviter que d’autres ne se les approprient, ce qui m’est déjà arrivé. Je ne recherche ni gloire, ni profit, c’est pourquoi je n’envisage, ni de d’écrire un livre, ni de faire des conférences payantes.

Mes hypothèses, certes personnelles, ne peuvent pas être honnêtement qualifiées de fantaisistes, car elles sont formulées en prenant en compte l’ensemble des détails sculptés et leur symbolique. Tous doivent pointer vers la même conclusion pour que celle-ci soit envisagée. Cet art étant figuratif, il a par définition un sens. Ces sculptures ont été créées pour transmettre un message, malheureusement oublié, mais à la suite d’une recherche approfondie nous pouvons émettre des propositions plausibles. Comme dans tous les domaines de la recherche on ne peut réfuter une hypothèse sans évoquer d’arguments valables.

Peut-être que pour certains, les personnes ne faisant pas partie du sérail, ne peuvent qu’écrire ou dire des inepties.

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